Mesdames et Messieurs les journalistes,
Chers amis,
Je vous remercie d'avoir répondu présents à cet point de presse.
Le 5 janvier 2026 à 00h, l’Autorité Nationale des Elections (ANE) a proclamé les résultats provisoires de l’élection présidentielle, du 28 décembre 2025, attribuant la victoire au Président sortant dès le premier tour avec un score de 76,15% et m’attribuant un score de 14,66%.
Vous avez tous été étonnés de l’heure choisie pour proclamer ces résultats et du format des invités. Je vous informe que le candidat que je suis n’a pas été invité à cette cérémonie de l’entre soi.
Vous avez tous suivi les résultats bureau de vote par bureau de vote proclamés sur certaines chaines de radio et, comme moi, vous avez marqué votre étonnement de l’impasse qui a été faite sur les résultats de certaines préfectures, en particulier celles de la région de Yadé.
Nous savons tous que plus de la moitié des résultats n’a pas été prise en compte et que les chiffres avancés par le Président de l’ANE sont très éloignés de la vérité.
J’ai observé 24 heures de silence, pour écouter la Nation et jauger la réaction de mes compatriotes à travers tout le pays. Le constat est clair : aucune manifestation de joie ni de satisfaction, beaucoup de tristesse, de colère contenue, de sentiment de trahison et de violence morale.
Je vous informe que pendant ces 24 heures de silence, ma sécurité a été gravement menacée et des membres de ma sécurité, des soldats de l’armée régulière mis à ma disposition par l’Etat-major des FACAs, ont été enlevés à mon domicile.
Je prends donc la parole aujourd’hui pour refuser un mensonge. Je prends la parole non par calcul politique, mais par devoir envers le peuple centrafricain.
Ce que l’Autorité Nationale des Élections appelle des “résultats provisoires” n’est pas le reflet du vote du peuple, mais le produit d’une fraude massive, organisée, méthodique et couverte par l’ANE elle-même.
L’ANE a failli. L’ANE a trahi.
Pourtant depuis le début du processus électoral, l’URCA avait multiplié les courriers officiels à l’ANE, des communiqués publics et des mises en garde documentées.
Nous avions alerté sur :
● l’insuffisance de préparation de l’ANE et la nécessité pour elle de solliciter un délai ;
● l’absence totale de formation des démembrements et des membres des bureaux de vote ;
● l’opacité de l’organisation du scrutin ;
● la partialité croissante et non voilée de l’ANE ;
● la violation répétée de ses propres procédures ;
● le mépris affiché pour les candidats autres que le candidat n° 1, en particulier celui de l’opposition ;
L’ANE n’a jamais corrigé. L’ANE n’a jamais expliqué. L’ANE a persisté.
Aujourd’hui, une chose est claire :
● l’ANE a renoncé volontairement à son indépendance et s’est volontairement et ostensiblement mise au service d’un candidat;
● l’ANE a donc choisi son camp ;
En définitive, l’ANE porte seule la responsabilité du chaos électoral dans lequel elle a volontairement plongé notre pays. Comme vous l’avez tous remarqué, ce processus a été vicié de bout en bout et la fraude a été son fil conducteur.
● fraude lors de l’enrôlement ;
● fraude pendant le vote ;
● fraude pendant le dépouillement ;
● fraude dans l’acheminement des résultats ;
● fraude dans la centralisation ;
● fraude dans la proclamation.
Dans la quasi-totalité des bureaux de vote, les représentants du candidat que je suis se sont vu refuser, de manière ferme et définitive, la remise d’une copie du procès-verbal ou de la feuille de résultat. Le Présidents des bureaux de vote ont affirmé avoir reçu l’ordre de ne pas le faire. Or le Code électoral, en son article 87, fait obligation aux Présidents des bureau de vote de remettre un exemplaire des procès-verbaux et des feuilles de résultats à chaque représentant de candidat dûment mandaté, sous peine de nullité du scrutin. Nous y sommes, dans la nullité du scrutin ! Elle est implicitement consacrée par le Président de l’ANE lui-même, à travers son communiqué publié le 29 décembre à 16h-30, qui est un véritable aveu de cette grave violation de la loi électorale
Nous avons documenté des preuves d’urnes qui ont été bourrées, de procès-verbaux falsifiés, des résultats transvasés, des représentants de candidats chassés des bureaux de vote et traqués par certains hauts responsables de l’Administration en province, des redressements arbitraires opérés sans base légale.
Pour la première fois dans l’histoire de notre pays, un fraude électorale a été décomplexée, publique, sauvage, violente.
Tout cela au profit exclusif du candidat choisi par Monsieur Morouba, Président de l’ANE.
Nous avons des preuves datées, localisées, vérifiables. Après un travail rigoureux :
● nous avons réussi péniblement à collecter un nombre important de feuilles de résultats et photographié certains dans les bureaux de vote ;
● nous avons établi des écarts flagrants et irréfutables entre les résultats affichés localement et ceux proclamés par l’ANE.
SUR LA BASE DE CES PREUVES, NOUS REJETONS SOLLENEMMENT LES RESULTATS PROCLAMES PAR L’ANE ET SAISIRONS LE CONSEIL CONSTITUTIONNEL
Nous rejetons ces résultats parce qu’ils violent la loi électorale, ils violent la Constitution et surtout, ils violent la volonté du peuple centrafricain.
Car ce que l’ANE a proclamé n’est pas une victoire électorale, c’est une confiscation du suffrage populaire.
Notre combat est clair :
NOUS DEMANDERONS L’ANNULATION DE TOUTE L’ELECTION PRESIDENTIELLE
OU LA VERITE DES URNES
La vérité des urnes impose un recomptage des voix dans tous les bureaux de vote du pays, après annulation des procès-verbaux et feuilles de résultats artificiellement fabriqués.
J’avais été averti que ces élections seraient truquées et qu’il ne fallait pas y prendre part. Mais il m’était insupportable de penser que nous devions tous abandonner 6 millions de centrafricains dans l’extrême misère et sous une dictature de plus en plus assumée.
J’ai l’humilité de penser que je n’ai pas le monopole de l’amour de mon pays et que des compatriotes cadres supérieurs, qu’ils soient de l’ANE ou du Conseil Constitutionnel, peuvent aimer et servir leur pays dans ce qu’ils font.
Les membres du Conseil constitutionnel m’ont rassuré de leur indépendance, lorsqu’il a s’agi de traiter de mon apatridie. J’ose espérer qu’ils n’ont pas changé.
Le Président de l’ANE et certains des commissaires ont malheureusement confirmé le complot ourdi contre le peuple centrafricain.
Mais ce peuple n’est pas dupe. Vous ne réussirez pas à lui faire accepter qu’il n’a élu ’AGD Kota Coup qu’à 14%. C’est peine perdue !
Son vote n’est ni une faveur, ni une formalité.
C’est un droit. C’est un acte souverain. Et cet acte doit être respecté.
Nous ne céderons pas.
Nous ne nous tairons pas.
Nous irons jusqu’au bout. Parce que la démocratie ne se proclame pas. Elle se respecte.
Je vous remercie.